• Mr Michel KALATCHIKOFF (dernier maraîcher en activité)

    Mr KALATCHIKOFF a débuté le maraîchage en 1967. A cette époque, il y avait entre vingt et trente maraîchers. Aujourd’hui, il est le dernier représentant de la profession à Mondeville. Selon lui, “Il n’y a pas eu de relève”. Actuellement, il possède deux parcelles, rue de Brière . Leur surface réunie fait 1 ha. Il cultive des salades, des radis et des carottes. Enfin, il écoule sa production au marché de gros à Caen, cour Caferelli.

    Mr Christian VARIN (fils de maraîchers)

    Ses parents ont exercé cette activité du début des années 50 jusqu’à la fin des années 70. Ils cultivaient des poireaux, des laitues , des scaroles, de la mâche et des radis. “L’hiver, ils préparaient le terrain. Il n’y avait pas de cultures. Le printemps était la période des radis et de la laitue. En été, ils faisaient des poireaux et de la salades. En automne , ils semaient de la mâche”. Durant cette saison, tous les jardiniers curaient les fossés et le Biez jusqu’à son embouchure. Enfin, ils vendaient leur récolte au marché de gros à Caen, quai de la Londe. “Il y avait deux secteurs : un pour les professionnels et un pour les particuliers”. Beaucoup d’ouvriers de la SMN durant les années 60-70 avant ou après leur journée de travail cultivaient des parcelles de terrain et vendaient leur production à ce marché ou aux marchés St Sauveur ou place Courtonne à Caen.

    Mr Jean LAMY (fils de maraîcher)

    Autrefois, “on faisait cinq récoltes par an. Il y avait deux récoltes de radis. Ensuite, venait celle des salades (chicorée, laitue et escarole) puis celle des carottes. On terminait par la récolte des choux-fleurs. On ne cultivait pas de pommes de terre car le sol est trop humide”. Au mois de septembre, les maraîchers arrêtaient leur activité.

    Jadis, il y avait des cultures maraîchères, chemin du Marais, près de ND des Prés, face à la rue des Roches. A la fin des années 70, le maraîchage a presque disparu suite à la construction du périphèrique. “un procès a eu lieu... Les propriétaires ont reçu une indemnité. Par la suite, la commune a acheté la plupart des parcelles. Une seule n’a pas été acquise à ce moment là. Elle se situait près de la Cartoucherie”.

    Mr Claude LEMARCHAND (ancien maraîcher)

    Jadis, les maraîchers curaient individuellement, trois ou quatre fois par an, le réseau des petits fossés. Les canaux principaux et le Biez étaient nettoyés une fois par an par l’ensemble des jardiniers. Pour cela , ils utilisaient des pelles à vase (pelles percées de trous), des crocs et des louchets.

     

    Des témoignages collectés, il ressort que le métier de maraîcher est pénible. Le labeur est permanent. La quasi totalité des tâches sont à réaliser manuellement. Enfin, la course aux primeurs est éreintante et stressante car c’est une question de jours pour les obtenir à temps.


  • Les cultures maraîchères en zone péri-urbaine autour de Caen ont une origine semblable à celle de toutes les ceintures vertes des grandes villes françaises. Les jardins familiaux qui entouraient la ville ont progressivement et naturellement laissé la place à des exploitations maraîchères. Dès le début du XIXème siècle, Caen fournissait un excellent marché de consommation pour toutes les productions légumières de sa région. C’est au commencement du XIXème siècle que le maraîchage atteignait son maximum de surface, notamment dans les zones péri-urbaines de Venoix, la Maladrerie à l’Ouest, Mondeville, Colombelles à l’Est, Ifs, au Sud, Couvrechef, Hérouville au Nord. La commercialisation se faisait en grande partie au marché de gros où chaque petit exploitant apportait “sur le carreau” ses productions. Cette traditionnelle forme de vente a incroyablement résisté à l’usure du temps et au développement des modes plus modernes de communication.

    ... En 1976, l’implantation du périphèrique à l’Ouest de Caen a provoqué l’expropriation*de sept maraîchers sur le territoire de la seule commune de Mondeville. L’intervention du Syndicat des Maraîchers et Producteurs de Légumes avec le maire de la commune et la F.D.S.E.A. a permis d’obtenir de trop maigres compensations. Il a fallu recourir au tribunal adminitratif...

    LES FRUITS ET LEGUMES DANS LE CALVADOS.

    COLETTE MULLER. THESE DE DOCTORAT. 3ème CYCLE. UNIVERSITE DE CAEN DECEMBRE. 1977.

     

    *

    Plus exactement, le remblai nécessaire à la construction du périphèrique a modifié l’équilibre de cette zone. La pression de cette masse de terre sur la tourbe gorgée d’eau, l’a, en effet, rendue plus humide et quasi inculte. Les maraîchers perdant leur moyen de subsistance ont demandé une indemnisation compensant leur préjudice.

  • Le syndicat du marais du Biez est institué par le préfet du Calvados en 1867. Cette association était constituée de propriétaires et à ceux-ci furent adjoints les maires en qualité d’administrateurs. De ce fait, ses membres avaient un pouvoir décisionnel assez réduit. Beaucoup plus tard, sous la III

    ème République, l’élection des syndics par les intéressés eux-mémes allait étre autorisée par le décret en date du 4 septembre 1882. “Tout au long du XIXe siècle, les syndicats de marais ont constitué une prise en charge par l’administration de travaux de création ou d’entretien d’intérét général”.* Il est à noter que ces syndicats n’avaient aucune similitude avec ceux d’aujourd’hui**. L’esprit communautaire et le sentiment de solidarité n’étaient pas le ciment de leur regroupement. Ces associations visaient essentiellement à associer les terres mais non les hommes.

    A ce propos, les chapîtres du budget de 1900 du “Syndicat des Marais de Clopée” ***est une parfaite illustration de son champ d’action :

    _ Achat d’outils

    _ Réparation des barques

    _ Curage et entretien des fossés et du Biez

    _ Achat d’une barque

    _ Imprimés du syndicat

    _ Rétablissement des digues

    _ Travaux de faucardement

    _ Traitement du secrétaire

    _ Traitement du garde

    _ Traitement du receveur

     

    _____________________________

    *

    L’EVOLUTION DU SYNDICALISME AGRICOLE EN BASSE-NORMANDIE DE 1884 A NOS JOURS. Thèse de doctorat en sciences politiques. Claude LETELLIER DE BLANCHARD. Caen. 1967.

    ** Ce n’est seulement qu’à partir de 1885 qu’apparaissent les premiers syndicats agricoles.


  • ...Depuis le XVI ème siècle, le négoce de ces produits journaliers était aux mains d’une multitude de petits détaillants sans boutique. Ils s’installaient en tout temps au coin des rues et des places où venaient les rejoindre les jardiniers. Ces gens ne possédaient pas d’attelage et portaient tout leur fonds en deux ou trois paniers; ils venaient à pied chaque matin des villages de ceinture. Or, sous la poussée démographique urbaine, leur nombre s’est simplement gonflé pour répondre à l’essor de la demande sans qu’il y ait concentration du marché et une délibération municipale, sous la Révolution, résume les murmures qui s’élevaient en ville contre cette nuée de marchands ambulants : “le nombre de vendeurs et revendeurs de fruits et légumes s’est tellement multiplié sur le place de la Raison que la voye publique qui lui sert d’enceinte en est embarrassée au point que les voitures ne peuvent la parcourir” déclarent les officiers de la cité

     

    GENESE D’UNE VILLE MODERNE, CAEN AU XVIIIème SIECLE. J.C. PERROT. 1975. MOUTON. PARIS. LA HAYE.


  • LES PRES ET LE MARAIS DE MONDEVILLE

    au XIIIème siècle

     

    ...“Il est presque certain que, quand l’Abbaye de Fécamp reçut en 990, la terre de Mondeville (y compris le quartier caennais Sainte Paix) cette donation de Richard 1er concernait également les prés voisins de l’Orne. Toujours est-il que de nombreux inventaires du domaine fécampois que nous possédons depuis le milieu du XIIIème siècle ne manquent jamais d’y signaler les “Prés de Mondeville”. Dans le plus ancien, vers 1246, ils sont évalués à 76 acres soit environ 52 ha sans compter un marais. Leur sauvegarde et la juridiction les concernant appartenait aux vavasseurs du village c’est à dire aux paysans les plus riches...”

    LA PRAIRIE DE CAEN. HISTORIQUE DE M. L. MUSSET. LE MOIS A CAEN. MARS 1974.





    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique